PORTRAIT | Stagiaire de la Guadeloupe à l’Europe

Une stagiaire assistante parlementaire à Bruxelles : rencontre avec Lisa Barbin

PORTRAIT | Lisa Barbin, Directrice de l’Observatoire et de la Concertation d’une commune de Guadeloupe, nous raconte son expérience en tant que stagiaire au Parlement européen, entre rires et combativité.  

stagiaire Europe Odisea
Le Parlement européen à Bruxelles - Photo d'Ericka d'Odisea (2019)

Lisa s’en rappelle comme si c’était hier. Et pourtant, c’était il y a dix ans. C’est son premier jour de stage au Parlement européen. Elle croit être au point de rendez-vous, mais le temps passe et personne ne la rejoint. Elle comprend alors être tombée dans les limbes du labyrinthe parlementaire. Une heure durant, Lisa erre dans l’enceinte du bâtiment.

 

Dans cette immensité imposante, la jeune femme ne s’y retrouve pas. “Je me perdais pratiquement tous les jours pendant trois mois” rie-t-elle. Mais elle l’assure : “j’ai toujours fini par arriver où je devais arriver.” 

Finir par arriver où elle le devait, c’est l’histoire de  sa vie.

Le culot, la clé de toutes les portes

Alors qu’elle est étudiante en droit européen à Rennes, la jeune guadeloupéenne ressent l’appel du pays. Mais Lisa se demande comment utiliser son parcours et ses compétences au service de la Guadeloupe. Alors qu’elle s’apprête à intégrer le Master II en Sciences Politiques du Centre d’analyse géopolitiques et international de l’université des Antilles et de la Guyane (CAGI), une connexion se fait dans sa tête. Droit européen. Sciences politiques. “Il faut que je fasse un stage au parlement européen,” se dit-elle.

 

Mais Lisa Barbin ne fait pas comme tout le monde. La jeune femme ne cherche pas une annonce de stage qui correspond à ses attentes. C’est au culot que Lisa ouvre les portes de son avenir.  

 

 Depuis toujours intéressée par la place des régions ultrapériphériques dans la construction européenne, elle sait tout de suite qui cibler. Patrice Tirolien était à l’époque représentant de la circonscription Outre-mer au à Bruxelles. Il est, selon elle, LA personne à qui s’adresser. Alors, à son cabinet en Guadeloupe, elle fait parvenir un courrier exprimant ses motivations. “Ça a fonctionné !” s’exclame-t-elle. “Pour mes recherches d’emplois par la suite j’ai gardé la même recette, c’est-à-dire beaucoup de candidatures spontanées. C’est une technique qui fonctionne jusqu’à présent.”   

 

 Le courrier de Lisa obtient une réponse positive très rapidement. Monsieur Tirolien, convaincu par l’honnêteté de sa démarche et certainement par son audace, accepte sa demande et lui transmet le contact d’un de ses assistants parlementaires. “Je n’ai pas le souvenir que ça ait été très compliqué. Ils ont été très accessibles” se souvient-elle. Il ne lui a fallu que le courage d’oser. C’est de cette façon, aussi simple soit-elle, que la jeune femme s’envole pour une aventure bruxelloise.  

“Je n’ai pas du tout été livrée à moi-même”
La débrouillardise
Lisa Barbin, stagiaire à Bruxelles

S'intégrer au delà du cercle des stagiaires pour mieux profiter de l'expérience institutionnelle

L’arrivée à Bruxelles de la jeune femme est tumultueuse. Dès le premier jour, et ensuite de façon récurrente, Lisa se perd dans l’immensité du Parlement. Fréquemment, elle n’est pas au bon lieu de rendez-vous. “Je me promenais dans les couloirs, je faisais des allers-retours,” dit-elle en rigolant, les yeux pétillants. Elle prend un ton léger et moqueur, si caractéristique de son naturel, simple et enjoué : “Je partais en avance parce que je savais que j’allais me perdre”./

 

Probablement parce qu’elle venait de loin, Lisa raconte avoir été extrêmement bien reçue. “Je suis tombée sur des maîtres de stages vraiment très accueillants” se souvient-elle. “Je n’ai pas du tout été livrée à moi-même.”  Naturellement, elle a su sympathiser avec les autres assistants parlementaires, et s’intégrer à leur cercle. De ce qu’elle a ouïe dire, ce n’est généralement pas le cas des autres stagiaires.  

 

Elle se rappelle notamment des déjeuners dans une cafétéria gigantesque. “C’est effrayant” rie-t-elle encore. “Tu peux arriver là-dedans et tu ne connais personne.” Mais Lisa ne s’est jamais démontée. La jeune femme se joint aux tablées des assistants parlementaires sans réfléchir. Rester entre stagiaires, pour elle, n’a pas réellement d’intérêt ; ce n’est pas ainsi qu’elle profitera pleinement de l’expérience.  

 

En fin de journée, Lisa rejoint les assistants parlementaires dans un restaurant juste en bas du Parlement. Ce groupe est dynamique, les assistants parlementaires comme les stagiaires étant tous jeunes et au début de leur carrière. L’atmosphère est amicale, on oublie sur fond de musique et de clinquements de verres, les pas pressés et les longs couloirs du Parlement. Mais la jeune femme rappelle comment, dans cet environnement sérieux, il faut concilier ces deux vies : “peu importe ta soirée de la veille, il faut être là à 7h le lendemain.” 

 

Une immersion absolue dans l’océan législatif européen

Dès son arrivée au Parlement européen, Lisa est directement plongée dans le bain – ou plutôt, dans l’océan, tellement l’activité est immense et intense.

 

Dès le premier jour, Lisa nage déjà à toute allure.

 

Le premier dossier que se voit confier la jeune étudiante concerne l’adaptation de la Politique Commune de la Pêche (PCP) aux spécificités des régions ultrapériphériques. Au début, ce sujet lui est complètement inconnu, et Lisa doit s’adapter très rapidement. Elle se rappelle encore de sa toute première réunion. Trois heures durant, elle écoute les échanges dans la salle sans véritablement comprendre les raisons de sa présence. “Ça parle de pêche,  qu’est-ce qu’il se passe, pourquoi je suis là ?” s’entend-elle encore penser !  

Bien qu’elle en rit aujourd’hui, elle se souvient que ses premiers jours de stage n’étaient pas de tout repos. Très vite, on lui demande de rédiger une note de synthèse portant sur la PCP. Au bout de trois jours de travail acharné, Lisa remet sa note mais l’assistant parlementaire en charge n’est pas satisfait. La deuxième version étant la bonne, la guadeloupéenne finit par comprendre les enjeux de l’exercice : “c’est essentiel d’être concis, précis, mais pour autant, la note doit comporter tout ce qu’il faut savoir, et doit être pertinente sur l’analyse,” explique-t-elle. 

 

Alors, bien que le stage est “déstabilisant au début”, la jeune femme sait s’adapter rapidement. “Il faut être un véritable couteau suisse.” Lisa doit notamment s’habituer à l’absence de Monsieur Tirolien, qui partage son temps entre Bruxelles et la Guadeloupe. Malgré sa présence ponctuelle, Lisa salue la sympathie et l’écoute sans faille de son eurodéputé, décédé en 2019 à l’âge de 73 ans. Dix ans après, Madame Barbin évoque avec émotion la grande confiance qu’avait Monsieur Tirolien envers ses assistants parlementaires. Elle rappelle toutefois l’obligation de réserve qu’il faut avoir :“ ça reste des missions assez politiques. 

 

“Tout est possible pour qui veut”

Depuis ce stage au Parlement européen, Lisa, d’humeur joviale, explique ne plus avoir peur d’identifier et de contacter les personnes ressources. “On ne demande pas à un assistant parlementaire de savoir tout sur tout, mais de savoir où chercher l’information pertinente. Il y a des spécialistes dans chaque domaine”. Mais surtout, la grande leçon qu’elle tire de cette expérience est que tout est possible. Avec, dit-elle, de la la “débrouillardise”.

 

Grâce à ce stage, Lisa a développé une confiance en elle précieuse. Aujourd’hui, on me demande de remplir telle mission, je ne vais pas me dire, mon dieu, c’est insurmontable ! Je vais dire : d’accord. Je vais voir comment on fait.” Elle rappelle qu’avec de la bonne volonté et de la méthode surtout, on peut tout accomplir. “Tout est possible pour qui veut.” 

 

Heureuse de cette expérience formatrice au niveau professionnel comme personnel, Lisa Barbin a su utiliser son expérience dans les affaires européennes comme un outil au service de sa réelle vocation, le dialogue social. Et dialoguer, Lisa n’en finit jamais.  

– Rédac : SC / Rédac-chef : EJ

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