PORTRAIT | Des sciences politiques aux sciences dures

Le couteau suisse dans l’atelier européen des sciences : rencontre avec Andy Ramorasata.

PORTRAIT |  Andy Ramorasata est ce qu’on peut appeler un touche-à-tout. Il est encore étudiant en politiques européennes quand il enchaîne les allers-retours à Madagascar, où il alterne entre stage et bénévolat. Ces voyages font germer en lui l’idée de travailler dans la coopération internationale. Loquace et visiblement de belle humeur, Andy nous partage avec franchise et enthousiasme les foulées exploratrices de son parcours tout terrain.

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« J’ai vraiment souhaité lier la coopération internationale et les questions de politiques européennes»

Andy ne s’est jamais cantonné à sa zone de confort. Institutions, think tank, ONG, cabinet conseil… il est passé par toutes les escales avant d’atterrir en 2018 à l’Institut de Recherches et de Développement (IRD) à Marseille.

 

Andy découvre le droit européen pendant son année d’Erasmus en Allemagne. Piqué, l’étudiant s’oriente alors vers les questions de politiques européennes. Mais les voyages au Madagascar le rendent sensible aux questions du monde et Andy réalise qu’il veut travailler dans la coopération internationale. “J’ai vraiment souhaité lier les deux : la coopération internationale et les questions de politiques européennes,” explique-t-il.

 

Dès lors passionné par ces thématiques, il rédige un mémoire sur les accords de partenariats économiques entre l’Union européenne et les pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique). Cette spécialisation lui ouvrira d’autres portes d’embarquement…

Frapper à plusieurs portes...

Après l’obtention de son deuxième Master, Andy postule à un stage à la Direction Générale des Politiques Extérieures du Parlement européen. Coup de chance, le jeune homme correspond exactement au profil recherché. “Ils cherchaient une personne qui connaissait les accords de partenariats économiques et qui pouvait appuyer les administrateurs du Parlement sur ces questions,” raconte-t-il. Le jeune Andy intègre alors l’Unité pour les pays ACP au Parlement européen. Il se remémore avec un brin de nostalgie : “j’ai eu la chance d’avoir une responsable de stage qui m’impliquait beaucoup dans ses travaux. C’était très enrichissant.” Quelques temps après son stage au Parlement, Andy devient assistant parlementaire pour la députée bulgare Mariya Gabriel. Et ce poste, il le doit à son audace. Alors qu’il était encore stagiaire, il avait suivi de près les activités de Madame Gabriel. “Je l’avais contactée en pensant qu’elle avait peut-être besoin d’une personne qui s’y connaissait sur les questions en lien avec les relations ACP” révèle-t-il. Il s’est avéré que sur une assemblée parlementaire paritaire, elle avait besoin de quelqu’un qui l’appuie sur ces questions-là, de manière très ponctuelle.”

... sans relâche

Faisant partie de ces personnes qui y vont culot, le jeune homme souligne qu’il ne faut pas avoir peur de faire les démarches pour obtenir ce que l’on souhaite. Volubile, il n’hésite pas à donner quelques conseils aux jeunes professionnels. “Se renseigner sur les différentes possibilités” et “essayer de contacter la ou les personnes qui peuvent être intéressées par nos profils” en sont des éléments clefs.

 

Mais surtout, il faut relancer, et encore relancer. Andy le sait très bien : il a dû rappeler l’existence de ses demandes à plusieurs reprises.

Valoriser la science sur la scène européenne

Aujourd’hui chef de service des Affaires européennes à l’IRD, Andy s’assure que les projets européens prennent en compte la science, et que la science considère les projets européens.

 

Ses tâches sont multiples. Mais l’homme sait s’adapter, c’est son essence.

 

Sa mission première consiste à faire du lobbying auprès des institutions européennes. “On doit faire en sorte qu’il y ait un véritable volet recherche au sein de programmes européens, pour qu’ils soient viables sur le long terme, qu’ils soient pensés et basés sur des preuves scientifiques”, explique-t-il. Son objectif est de “promouvoir la science de la durabilité.” Faire en sorte que l’Union européenne valorise et soutienne les sciences, la recherche et le développement.

« Le chercheur a son idée de base et on essaie de cadrer son projet avec les attentes des politiques européennes »
Andy Ramorasata lors de l'entretien avec notre équipe

Réconcilier les sciences dures avec les sciences politiques

En interne, face aux chercheurs, la tâche n’en est pas moins importante et ardue. Andy se bat pour que ces derniers pensent « Europe » et répondent aux appels à projets européens. Il est positif mais avoue que parfois, inciter les chercheurs à déposer des dossiers européens est compliqué.

 

Les scientifiques sont réticents à s’inscrire dans des démarches administratives fastidieuses et une gestion laborieuse.  Pour cause, Andy explique que la gestion de projets européens n’est pas encore bien valorisée dans l’avancement de leur carrière. Le spécialiste de l’Europe doit alors les convaincre de l’intérêt de développer ces projets pour leurs activités scientifiques, et de l’impact qu’ils peuvent avoir sur leurs résultats, diffusion et visibilité.

 

Mais Andy utilise ses compétences et convictions avec optimisme et affabilité. À force de travail, les projets commencent à fleurir. “On commence à avoir une croissance exponentielle du nombre de personnes qui sont intéressées pour développer ces projets,” se félicite-t-il.

 

Les chercheurs ne sont pas laissés seuls devant la tâche. En véritable personne de terrain, Andy se charge également de l’accompagnement : “le chercheur a son idée de base, et nous, on essaye de cadrer son projet avec les attentes des politiques européennes.

Après un chemin animé, une transformation en "couteau suisse"

De son expérience de jeunesse en tant qu’assistant parlementaire, Andy a tiré une leçon essentielle. Dans la vie, il est important d’être un véritable « couteau suisse. »

 

Désireux d’apprendre et d’enrichir son savoir, Andy n’a pas hésité à saisir les différentes opportunités qui se sont présentées à lui afin d’assimiler des logiques de travail foncièrement différentes.  “Le fait d’avoir eu une expérience dans un cabinet privé, à avoir un peu touché à tout, fait que maintenant je me sens plus à l’aise dans l’institut public, à conseiller les chercheurs.”  

 

Et l’IRD portant plusieurs projets de coopération internationale scientifique au bénéfice de Madagascar, Andy Ramorasata n’est jamais très loin de ses premiers amours.

– Rédac : SC / Rédac-chef : EJ

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