Pêche en Guyane : quelles sont les normes européennes

Pêche en Guyane : entre les normes européennes et la surpêche illégale étrangère, les pêcheurs guyanais étouffent. Exaspérés, ils comptent faire entendre leurs voix. 

Le 30 octobre dernier, des pêcheurs et élus guyanais se sont rassemblés dans la commune de Sinnamary pour échanger sur l’état de la pêche en Guyane. Au cœur du débat, la volonté de lutter contre la pêche illégale qui s’intensifie dans le pays. Exaspérés par ces conditions, ils comptent attaquer l’État français pour délit d’écocide. 


Pêche en Guyane : régie par les normes européennes 

 Un environnement à priori avantageux

La Guyane possède une zone économique exclusive (ZEE) très vaste. Cette dernière fait près de 130 000 km² et s’étend jusqu’à 200 milles de la côte. À titre de comparaison, cela représente les ZEE de la Guadeloupe et de la Martinique réunies. Les eaux guyanaises sont connues pour être particulièrement poissonneuses. On ne compte pas moins de 200 espèces répertoriées sur les côtes de la Guyane. 

Pourtant, la flotte guyanaise est en baisse depuis plusieurs dizaines d’années. Elle ne compte par exemple plus que 10 navires chalutiers contre 80 navires dans les années 1990. Au total, le territoire comprend 140 navires actifs officiellement enregistrés, et 450 marins environ. Malgré leur localisation à priori idéale, les pêcheurs guyanais souffrent de conditions de travail difficiles. 

 

Règlementations européennes

La Guyane fait partie de l’« Europe bleue », c’est-à-dire qu’elle est soumise aux normes européennes en matière de pêche. La pêche est ainsi régie par la politique commune de la pêche (PCP). Cette dernière réglemente la gestion de la pêche dans l’Union européenne depuis 1983. La PCP, réformée en 2013, permet entre autres de préserver les ressources halieutiques tout en assurant la durabilité de la pêche sur les plans environnemental, économique et social. 

La PCP reconnaît les effets néfastes de l’activité humaine sur la biodiversité. C’est pourquoi elle s’implique à rendre les pêcheurs plus sélectifs dans leur captures, en limitant par exemple le nombre de captures quotidiennes autorisées. Les totaux admissibles de capture (TAC) et quotas annuels, répartis entre États membres, constituent d’ailleurs l’outil principal de la PCP. Les propositions de TAC sont émises par la Commission européenne. Elles sont ensuite examinées et adoptées par le Conseil des Ministres chargés de la pêche. 

D’autres instruments comme la limitation de l’activité (limitation du nombre de navires et de la durée passée en mer) ou l’imposition de certaines mesures techniques (comme la taille des mailles des filets par exemple) complètent les TAC. 

Les pêcheurs guyanais doivent respecter les règlements européens imposés par la PCPPour veiller au respect de ces mesures, des règles de surveillance sont mises en œuvre. Les États doivent contrôler leurs activités de pêche et notamment la pêche illégale.

Cependant, en Guyane, la pêche illégale étrangère est un fardeau qui pèse toujours sur les pêcheurs locaux. 

Guyane: La pêche illégale, un fardeau pour les pêcheurs locaux

 

Surpêche illégale et surexploitation des ressources

Selon certaines estimations, la moitié des prises effectuées en Guyane serait péchée de façon illégale par des navires étrangers. Ces embarcations illégales, en provenance du Suriname, du Brésil, du Venezuela et du Guyana, réaliseraient plus de 6000 tonnes de prises annuelles contre 3000 pour les pêcheurs locaux. En effet, si les pêcheurs locaux se doivent de respecter les normes européennes en matière de capture, les pêcheurs illégaux ne se donnent pas cette peine. Cela leur confère un avantage non négligeable. 

Des contrôles policiers sont fréquemment opérés pour lutter contre ce pillage. Cependant, en 2019, seulement 87 tonnes de poissons ont été saisies lors de ces contrôles. Cela ne représente qu’une part infime des quantités pêchées illégalement.

Si les contrôles de ces navires illégaux sont en temps normal déjà jugés insuffisants selon les pêcheurs locaux, ils ont par ailleurs fortement baissé depuis 2020 du fait de la crise sanitaire.

Ces pillages illégaux sont un véritable danger pour les pêcheurs guyanais, à la fois sur le court et sur le long terme. En effet, la surexploitation des ressources halieutiques des eaux guyanaises met en péril leur durabilité. Exaspéré, Michel Nalovic, ingénieur halieutique au Comité Régional des Pêches Maritimes et des Elevages Marins de Guyane a déclaré : 

 

 « La surpêche illégale nous mène droit dans le mur. Cela fait 10 ans que nous le disons maintenant, la science le pointe très précisément du doigt. Nous assistons à l’extinction de notre avenir sur la ressource halieutique. »

 

Une action collective forte à l’encontre de l’État

Pour faire entendre leur ras-le-bol, ce ne sont pas moins de 80 pêcheurs, ONG et élus guyanais qui se sont rassemblés le 30 octobre dernier. 

Tous jugent les politiques européennes inadaptées à la situation guyanaise, et les actions de l’État “en décalage” par rapport aux conditions locales. Mais c’est avant tout à l’Union européenne que revient la gestion de la pêche. C’est pourquoi les élus parlementaires présents se sont engagés à faire remonter les inquiétudes aux niveaux européens. 

Les participants à cette réunion se sont également accordés à engager une action collective forte à l’encontre de l’État français. Ils souhaitent attaquer l’État pour complicité d’écocide. Le crime d’écocide est un acte criminel visant à détruire volontairement un écosystème que ce soit par l’épuisement de ses ressources, sa mise en danger, ou le trafic d’espèces protégées. En France, le délit d’écocide a été intégré à la loi Climat et est passible de 10 ans de prison et 4,5 millions d’euros d’amende.

 

C’est donc un acte très fort que veulent entreprendre les pêcheurs guyannais. 

Auteure : SC

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